TDAH : peut-il avoir un impact sur la sexualité ?

Saviez-vous que, selon l’INSPQ, la prévalence du TDAH chez les 1 à 24 ans à quadruplé dans les vingt dernières années ? Ce sont aussi les garçons qui sont les plus touchés. En 2022, le neuropsychologue Benoît Hammarrenger était d’ailleurs venu au micro de Moteur de recherche pour discuter du problème du surdiagnostic du TDAH chez les jeunes. Mais, c’est un trouble qui ne touche pas que les jeunes populations. Il amène aussi beaucoup d’interrogations, entre autres sur ses impacts sur le développement et le fonctionnement des personnes neurodivergentes, mais aussi sur des domaines importants, tels que la sexualité et l’intimité. 

Ce qu’est le TDAH 

Il s’agit du trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité. Répertorié dans le DSM-V sous les troubles neurodéveloppementaux, « [il] se caractérise par une faible attention, ou une attention de courte durée, qui peut être accompagnée ou non par de l’impulsivité et de l’hyperactivité. Il peut affecter le développement et le fonctionnement social, affectif et intellectuel.»

Parmi les symptômes, on retrouve* : 

Du côté de l’inattention

  • difficultés d’attention
  • enjeux d’écoute (ex.: besoin de faire répéter souvent)
  • désorganisation, difficultés à prioriser et planifier 
  • procrastination, abandon
  • difficultés à suivre des directives 

Du côté de l’hyperactivité/l’impulsivité 

  • agitations (physique/mentale) et mouvements répétés (on parle aussi de fidgeting et stimming
  • agissements impulsifs 
  • humeurs fluctuantes

Il peut y avoir des personnes qui ont la combinaison des deux, soit l’inattention et l’hyperactivité. D’autres qui auront une présentation inattentive prédominante ou, encore, une présentation hyperactive/impulsive prédominante. 

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Les effets du TDAH sur la sexualité 

À la question de notre auditrice, on peut répondre : oui, le TDAH peut effectivement avoir des impacts majeurs sur l’épanouissement sexuel. Comme on a pu le constater, c’est un trouble qui amène son lot de défis. La personne qui en est atteinte peut rencontrer des obstacles majeurs dans son développement. Mais aussi dans le fonctionnement de ses relations interpersonnelles. 

  • Impacts généraux sur le désir 

Se sentir distrait.e, difficultés à maintenir la concentration

Perte d’intérêt

Désorganisation (ex. : oubli du condom, du contraceptif)

Anxiété de performance (ex. : mode compensatoire)

  • Hypersexualité

Désir sexuel plus fort (ex. : besoin de validation, de sensations fortes)

Augmentation de comportements à risques due à l’impulsivité/l’hyperactivité (ex. : relations sexuelles non protégées, consommation)

Consommation de pornographie 

Hyposensibilité (besoin de stimulis plus forts) 

Sentiment d’apaisement, moyen de se calmer, de gérer l’anxiété induite par le TDAH 

*Il est à noter que l’hypersexualité n’est pas spécifique au TDAH. D’autres troubles comme le TPL (trouble de personnalité limite) ou le trouble bipolaire peuvent aussi être associés à une activité sexuelle accrue.  

  • Hyposexualité 

Effets de la médication (ex.: baisse de libido)

Hypersensibilité, surstimulation sensorielle

Tensions dans la configuration relationnelle

  • Relations affectives/amoureuses/sexuelles

Enjeux de communication (ex. : difficultés à communiquer ses besoins, défis à faire preuve de concision et de clarté dans ses propos)

Lassitude (ex. : partenaire fatigué.e d’avoir à répéter, à gérer la désorganisation, rôle qui peut sembler parental versus rôle érotique, etc.) 

Manque d’écoute envers le, la ou les partenaires (ex.: inattention, oublis, etc.) 

Les stratégies à mettre en place pour que le TDAH affecte moins la sexualité

Apprendre à bien se connaître 

Oui, avoir un TDAH est non négligeable et amène bien des défis, mais on peut apprendre à s’observer pour déterminer les moments plus fragilisants versus les contextes positifs, les éléments qui aident ou, au contraire, qui nuisent à son bien-être. Mieux on se connaît, plus c’est facile de déterminer ses besoins et ses limites ainsi que de mettre en place des stratégies pour s’aider. 

  • Trouver les moments propices pour vivre des interactions sexuelles (ex. : trop de fatigue sensorielle après une journée complète, le matin est peut-être un meilleur moment); 
  • Prévoir des moments d’intimité avec son, sa, ses partenaires afin d’éviter les oublis et que cet aspect de la relation soit mis de côté (ex.: les personnes au profil hyperactif/impulsif peuvent entrer dans des modes hyperfocus sur un élément en particulier – le travail, par exemple – et oublier tout le reste).  

Communiquer

Parler le plus ouvertement possible des enjeux rencontrés et de son fonctionnement à son, sa ou ses partenaires. L’autre ou les autres ne peuvent pas nous deviner, donc on peut les aider à mieux comprendre comment naviguer à travers tout ça. 

  • Offrir des informations à son, sa ou ses partenaires les stimuli sensoriels qui sont adéquats pour soi versus ceux qui peuvent activer une surcharge d’informations et de réactions;
  • Déterminer les zones du corps qui peuvent être touchées;
  • Créer une ambiance adéquate (ex. : lumière tamisée plutôt que vive);
  • Faire comprendre son fonctionnement général à son, sa ou ses partenaires pour éviter des incompréhensions. 

Prioriser

Essayer de se recentrer sur le moment présent et sur ce qui se passe ici et maintenant. Pas nécessairement facile, mais ça se travaille ! 

  • Créer des rituels autour de l’intimité et des relations sexuelles pour en faire des moments privilégiés où l’on peut décrocher; 
  • Se faire des blocs de temps pour le travail, les obligations familiales, l’école, etc. et se garder du temps pour le couple et l’intimité. 

Être accompagné.e (sexo, psy, travailleur ou travailleuse social, ergothérapeute)

Plusieurs professionnel.le.s en santé peuvent apporter un accompagnement adéquat pour aborder les enjeux liés à l’intimité, mais aussi ceux liés à l’organisation et à la vie quotidienne. Par exemple, on y pense peu souvent, mais certain.e.s ergothérapeutes sont formé.e.s pour aider les personnes neurodivergentes. Ces professionnel.le.s peuvent apporter du soutien dans la gestion de l’horaire, de l’espace de travail, dans l’organisation de la maison afin de délester la personne d’un stress important. Ce qui peut mener à récupérer de l’espace mental pour autre chose, dont la sexualité. 

*Source :  : https://www.quebec.ca/sante/problemes-de-sante/a-z/trouble-deficit-attention-hyperactivite-tdah#c318790

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