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Pandémie ou la transformation de nos relations intimes

La pandémie a-t-elle profondément transformé nos relations intimes? La question se pose.

Après avoir abordé le dating en temps de pandémie et le FODA (Fear of Dating Again), la crainte d’avoir des rencards post-pandémie, je me suis demandé si nos amours et nos sexualités ont changé pendant les deux dernières années. En posant la question autour de moi et en faisant plusieurs recherches, force est de constater que, pour bien des gens… oui. Cela dit, il est encore tôt pour avoir des conclusions formelles et des études poussées sur ce sujet, étant donné qu’on est encore en plein dedans. Mais il reste que certaines observations faites pendant les derniers mois permettent de voir des tendances se profiler. Faisons donc un petit tour d’horizon. 

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Moins de sexe en couple… 

Si les premiers temps de la pandémie ont laissé croire qu’il y aurait plus que jamais de sexualité chez les couples confinés, on a vite réalisé que ce n’était pas tout à fait le cas. En effet, on a été plusieurs à penser que le confinement donnerait l’occasion aux couples de se retrouver, sexuellement parlant. Mais selon une étude pancanadienne menée en début de pandémie par Lori Brotto, titulaire d’une chaire de recherche sur la santé sexuelle des femmes et professeure d’obstétrique et de gynécologie à l’Université de la Colombie-Britannique, on a plutôt vu une hausse de la coercition sexuelle, ce que confirme malheureusement l’explosion des violences conjugales pendant la pandémie ainsi que les féminicides

On note toutefois une hausse de l’activité sexuelle, mais seulement chez les partenaires qui n’habitent pas ensemble. Les couples eux, ont connu une baisse… de la baise. (poudoumtchi) Pas si surprenant quand on sait que les gens ont eu à jongler avec le télé-travail ou la perte d’emploi, la gestion des enfants, le deuil, le stress et la peur. En plus d’être 24h sur 24h dans l’intimité de l’autre, avec tout ce que ça apporte de bon et… de moins bon. De plus, comme le souligne la sexologue et psychothérapeute Annabel McLaughlin en entrevue chez nos collègues de Radio-Canada Nouvelles, ce n’est pas parce qu’on est disponibles en termes de lieu et de temps qu’on a pour autant les dispositions mentales et émotionnelles pour ce faire.

Bref, couplons la vie d’aujourd’hui qui nous tient occupé.e.s sans arrêt avec la pandémie et le fait que le stress est l’ennemi numéro 1 de la sexualité; on se retrouve avec le parfait amalgame pour faire fuir le désir. On en est donc à réapprendre la sexualité en couple avec de nouvelles données, de nouveaux paradigmes et de nouvelles facettes de soi. 

Et masturbation à gogo? 

La sexualité est fréquemment associée à un acte en duo (ou à plusieurs, selon vos pratiques sexuelles). Pourtant, elle se vit aussi en solo. Pendant la pandémie, on a vu une hausse importante de la masturbation, entre autres chez les gens en couple. La pratique masturbatoire a même été fortement conseillée par l’administratrice en chef de la santé publique du Canada, Dr. Tam, qui la considérait comme l’activité sexuelle la moins à risque pour la COVID-19.

Cela dit, au-delà des recommandations du gouvernement, les gens ont surtout eu recours au plaisir solitaire pour réduire le stress et compenser le manque de sexualité avec un.e/des partenaires. Le fait que la santé publique parle ouvertement de masturbation est assez rare, mais ça aura peut-être permis d’ouvrir les discussions sur le sujet, étant donné que c’est encore un tabou pour un grand nombre de gens.

D’ailleurs, suite à cela, l’organisme Club sexu a lancé, en pleine pandémie, Club solo, une application pour « cartographier les plaisirs ». L’app permet aux gens de géolocaliser leur session de masturbation et la partager avec d’autres utilisateurs.trices, de façon sécuritaire et anonyme. On y voit, en temps réel, combien de gens sont dans l’action. Le but est de normaliser la masturbation et rappeler qu’elle constitue une pratique entière et valide. Lui redonner ses lettres de noblesse, quoi! 6350 check in plus tard sur l’application, on peut espérer que l’habitude soit là pour rester. 

Ciao la hookup culture

Dans les changements observés, on remarque que de nombreuses personnes se disent de plus en plus réfractaires face à la hookup culture, c’est-à-dire la culture du sexe sans lendemain ou one night. Loin d’être entièrement disparues, ces approches sont simplement remises en question, particulièrement depuis la pandémie. Ce n’est pas étranger au fait que les applications de rencontre – fréquemment associées à une volonté d’obtenir du casuel sex (ou sexe sans attache/sans investissement émotionnel) – ont transformé leur approche. Par exemple, on sait qu’elles ont misé, entre autres, sur la vidéo pour encourager les utilisateurs.trices à poursuivre le dating pendant la pandémie. 

Dans une toute récente étude dont l’autrice principale, Stéfanie Duguay, est professeure en communication à l’Université Concordia, on rapporte justement que les Tinder et Bumble de ce monde ont emboîté le pas de la séduction old school. Plusieurs applications ont fait un important virage vers des valeurs plus traditionnelles comme l’amour et la romance. On observe aussi que ces applications « [font] appel à un sentiment de normalité sociale, en mettant l’accent sur la confiance, la monogamie et le mariage. » Il faut dire que les apps ciblées s’adressent avant tout à une population hétérosexuelle.

On note toutefois que l’approche « monogame et romantique »  exclut les personnes qui ne veulent pas du long terme. Celle-ci mise sur une absence de sexualité. Pourtant, même si plusieurs personnes se sont abstenues d’avoir une sexualité, ce n’est pas le cas de tous.tes. Les coups d’un soir vont toujours exister et peuvent tout à fait convenir à certaines personnes. Tout comme la sexualité basée sur la romance et la connaissance de l’individu peut convenir à d’autres. Toutefois, une tendance se dessine: on délaisse les histoires d’un soir afin de miser sur des bases plus solides. 

Célibat, jeûne sexuel et abstinence consciente 

En fait, il y a, globalement, des questionnements sur la sexualité et les raisons pour lesquelles on en a une. On peut le voir entre autres sur TikTok, application dont la popularité a explosé pendant la pandémie. En effet, de plus en plus de jeunes sur l’app, particulièrement des femmes, rejettent la hookup culture, comme on vient de le voir. Non seulement ça, elles prônent également le célibat et, parfois même, l’absence de sexe. Les raisons pour ce faire sont variées: guérir des traumas, une fatigue du monde du dating où plusieurs ne se sentent pas en sécurité ni respectées, des raisons religieuses et/ou spirituelles ou, encore, une simple envie de prendre soin de soi.

On constate également que, pour certaines femmes, il s’agit d’une façon de reprendre un pouvoir sur sa sexualité via une forme d’abstinence consciente. Différente du jeûne sexuel à la mode actuellement et qui est, semble-t-il, la « solution miracle » pour améliorer sa sexualité et son plaisir, cette abstinence semble plutôt émerger d’une vision féministe. Réflexion qui remet en perspective le fait que, dans la vie, rien ne nous oblige à avoir une sexualité. On peut tout à fait sortir de cette injonction. 

Transformation des identités et des sexualités 

C’est aussi un peu ce qui se passe du côté des identités et des orientations sexuelles; on questionne les attentes sociales et normatives. Plusieurs personnes, dont beaucoup de femmes, ont eu des prises de conscience majeures pendant la crise de la COVID-19. En effet, avoir plus de temps en solitaire pour réfléchir, ça permet de mieux se comprendre. De nombreuses personnes se sont donc donné la permission d’explorer d’autres avenues identitaires, sexuelles et relationnelles. Par exemple, dans un article de la BBC, on rapporte que l’application de rencontre Bumble a dévoilé que, sur 4000 utilisateurs.trices sondé.e.s pendant la pandémie, 21% prévoyaient affirmer différemment leur sexualité par rapport à l’année d’avant. 

D’autres sont allées plus loin dans l’exploration de l’amour-propre. Mieux encore, elles se sont unies avec la personne qui leur tient le plus à cœur. Comme le rapporte le magazine Insider, c’est le cas de plusieurs femmes qui, pendant la crise de la COVID-19, ont embrassé la sologamie et se sont mariées à elle-même. Dans une ère de ghosting (mettre fin à une relation du jour au lendemain en disparaissant/ne répondant plus à l’autre personne, et ce, sans explication), ça a quelque chose de judicieux; difficile de se ghoster soi-même!

Blague à part, les gens semblent généralement se tourner vers des modalités amoureuses et/ou sexuelles qui leur font du bien. Ils choisissent des relations qui les rassurent et leur correspondent mieux. Pas tellement étonnant après deux années plongées dans un quotidien au-dessus duquel plane un virus mortel; on a probablement besoin d’être plus que jamais honnête avec nous-même. On revient à la base, en quelque sorte; de quoi j’ai vraiment envie, comment, pourquoi, avec qui. 

IRL (intimité réelle légitime?) 

Bien sûr, pandémie oblige, on a vu « un essor des sextos, des rencontres par webcam ou des appels téléphoniques érotiques contribuant à la désinhibition des couples. » Il y a également eu une importante hausse de l’utilisation des jouets sexuels et de la consommation de pornographie. Mais il demeure que, pour bien des gens, la prochaine étape, c’est de retourner dans le quotidien et reprendre la vie « normale ». Plusieurs spécialistes des rencontres amoureuses, interrogé.e.s dans La Presse, l’affirment : l’envie de se voir en personne est grande et le manque de rapprochements se fait sentir. Et c’est normal.

Tout comme le manque de désir, bien réel après deux années assez rock’n’roll merci. Mais justement, il faut saisir cette occasion. Pourquoi ne pas approcher nos relations intimes différemment? Tenter de nouvelles expériences? Revoir nos priorités et utiliser ce pas de recul forcé pour se dire: quels sont mes vrais besoins? Là-dessus, je suis confiante: ça va bien aller. 🌈

Photo de par Noah via Unsplash

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