Une chronique pour Moteur de recherche dans laquelle j’offre quelques conseils pour savoir comment aborder la santé sexuelle avec une jeune ado attirée par les filles.
Depuis quelques mois, la compagnie de préservatifs et lubrifiants Durex fait une grande campagne publicitaire sur les réseaux sociaux afin de sensibiliser à la diversité sexuelle et la pluralité des genres. Accompagnées du mot-clic #DitesLeAvecFierté, les publicités montrent diverses catégories de personnes LGBTQ+, dont une présentant deux personnes féminines. Sous la publication, on trouve plusieurs commentaires qui évoquent incompréhension et incrédulité: pourquoi montrer ces personnes pour parler de protection? Pas de pénis dans l’équation, pas besoin de condom ni de quoi que ce soit, non? Eh bien, pas tout à fait.

Il n’est malheureusement pas si étonnant de tomber sur ce type de réaction. La réalité des femmes qui ont des relations sexuelles avec des femmes est un angle mort de la santé sexuelle. Et il faut y remédier. D’autant plus si on s’adresse à de jeunes filles qui découvrent leur attirance pour d’autres jeunes filles. Et qui veulent avoir une vie sexuelle épanouie et sécuritaire.
Voici donc quelques conseils simples pour en parler avec votre ado.
Qui n’a jamais entendu la fameuse blague des ciseaux pour parler de la sexualité entre femmes? Non seulement c’est un préjugé tenace, mais c’est aussi réduire cette sexualité à un stéréotype. De plus, on associe souvent la sexualité des femmes entre elles au fait d’être lesbienne. Mais plusieurs femmes ont des relations sexuelles avec d’autres femmes, tout en se définissant comme hétéro, bi ou pansexuelle. Dans le langage sexologique, on parle des FARSAF (femmes ayant des relations sexuelles avec les femmes). C’est une nuance importante, parce que ça démontre que la sexualité est aussi fluide et difficile à étiqueter, qu’elle est libre et plurielle.
Ajoutons à cela que la culture populaire – émissions de télé, films, magazines – met majoritairement de l’avant des sexualités hétérosexuelles. Il y a donc peu de modèles existant pour montrer aux jeunes filles qu’elles peuvent avoir une sexualité complète et épanouie en la vivant avec une autre fille. De plus et pendant longtemps, les représentations de la sexualité entre femmes ont été créées dans un but d’excitation masculine. On acceptait de mettre de l’avant ces relations sexuelles, seulement si elle pouvait desservir la sexualité masculine. Il existe donc une longue tradition de films d’ados qui ont été conçus avec cette vision sexiste. Heureusement, de plus en plus de séries télé et films changent les discours. Pensons à Sex Education (qui a quand même trouvé le moyen de montrer une scène de « ciseaux », même si ça se voulait caricatural) et I Am Not Okay With This. Il y a encore du travail à faire, mais ça bouge.
Il est donc important d’appuyer votre ado dans ses sentiments et désirs, mais également de garder à l’esprit qu’il s’agit d’une sexualité entière et totalement valide. Que votre ado a aussi besoin de modèles. Plus on combat les préjugés, plus ils finiront par tomber.
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Les ITSS, ça la concerne aussi
Comme l’a démontré la campagne de Durex, on croit souvent, à tort, que les femmes qui ont des relations sexuelles entre elles n’ont pas besoin de protection contre les ITSS. Mais c’est faux. Les ITSS touchent tout le monde. Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de relation sexuelle avec un pénis qu’il n’y a pas de risques.
Pour rappel, les ITSS sont des infections transmissibles sexuellement et par le sang. S’il y a des échanges de fluides ou un contact direct avec une surface infectée, il peut y avoir contraction d’ITSS. La pratique du sexe oral et anal peut aussi être à risques, mais également les caresses faites avec les doigts (ex.: qui vont d’un sexe à l’autre ou du vagin à l’anus) ainsi que l’échange de jouets sexuels. Ces derniers doivent être préalablement nettoyés avant d’être échangés.
Les jeunes sont particulièrement touché.es par la chlamydia, la gonorrhée et le VPH (virus du papillome humain). L’herpès aussi. La syphilis fait également un important retour. De plus, plusieurs ITSS sont asymptomatiques; on peut donc en avoir contracté une sans le savoir et la transmettre. Bref, il faut se protéger; peu importe son orientation sexuelle ou son genre.
Savoir se protéger
Le condom externe peut être utilisé pour échanger des jouets sexuels (comme le vibrateur, par exemple). Même chose avec les condoms dits externes. Par contre, ceux-ci sont plutôt difficiles à trouver en pharmacie et se trouvent plutôt en ligne. Ils peuvent servir lors d’échanges de jouets sexuels.
Le moyen de protection qui demeure méconnu est la digue dentaire ou carré de latex. Elle peut servir lorsqu’on pratique le sexe oral, en l’apposant sur la vulve ou l’anus. On en retrouve majoritairement dans les sex-shops et ça peut parfois se dénicher en pharmacie, mais c’est rare. À défaut d’en avoir sous la main, on peut en découper une dans un condom.
Cela dit, il faut spécifier que la digue dentaire demeure une protection qui n’est pas largement répandue. Le quotidien américain The Atlantic a d’ailleurs fait un papier sur le sujet l’an dernier: Noboby Uses Dental Dams. So Why They Still Exist?. En effet, si personne ne les utilise, pourquoi on prend la peine d’en parler? C’est que, pour de nombreuses personnes LGBTQ+, leur seule existence permet de valider des sexualités qui sortent de l’hétéronormativité. Aborder les digues dentaires dans l’éducation à la sexualité, c’est normaliser et valider d’autres types de sexualités. Et, juste pour ça, c’est important d’en parler.
La santé sexuelle fait aussi partie de la sexualité
On peut aussi simplement discuter de santé sexuelle et d’hygiène. Par exemple, parler de menstruations et de leur fonctionnement. S’assurer que votre fille soit outillée pour bien vivre ses règles, tant au niveau des méthodes utilisées (coupe menstruelle, serviettes, tampons, etc.) que du côté de la gestion de la douleur. Faire la différence entre des saignements normaux et anormaux, afin de déterminer s’il y a un problème.
Il se peut que votre ado ait une sexualité plus « flexible » et qu’il ne soit pas exclu qu’elle explore sa sexualité avec une personne qui a un pénis. À ce moment, il est important de discuter des différentes méthodes de contraception. D’autant que plusieurs types peuvent aussi aider à gérer les douleurs menstruelles.
On peut également aborder la visite chez le ou la gynéco. C’est une bonne ressource pour mieux connaître les différents contraceptifs, en apprendre sur le fonctionnement des règles et sur les bonnes habitudes à adopter pour son hygiène personnelle. Par exemple, on peut y obtenir de l’information sur la vaginite (trichomonase, vaginose ou candidose), une infection fréquemment contractée. Selon la Santé publique, on estime que « 75% des femmes auront une infection vaginale au moins une fois dans leur vie »). Sans être une ITSS, elle peut tout de même se contracter lors d’une relation sexuelle.
Être bienveillant.e
De façon générale, le meilleur conseil c’est de rester dans la bienveillance, l’ouverture et la compréhension face à la sexualité actuelle ou en devenir de votre ado. C’est d’autant plus important que les femmes qui font partie de minorités sexuelles sont plus susceptibles d’être stigmatisées, de vivre du stress et de l’anxiété. Elles sont également plus à risque d’ abus de drogues et d’alcool. De plus, la violence au sein des couples LGBTQ+ serait aussi fréquente que chez les hétéros. Mais, selon l’INSPQ, il y a un plus grand risque que ce ne soit pas dévoilé, à cause des préjugés entourant les personnes LGBTQ+.
En fait, il faut simplement se montrer disponible. On veut créer un climat sécuritaire où l’ado se sent en confiance. On ne veut pas forcer les choses et on veut lui faire sentir qu’on la respecte dans ses choix. C’est la base pour une discussion saine et franche sur le sujet.
