C’est Frédérique Simoneau, étudiante en sexologie et stagiaire dans une école secondaire qui a reçu la question de la part d’étudiant.es qui se demandent s’il y a un danger à faire le No Nut November. Pour l’aider, on va répondre à la question.
No Nut Quoi?
D’abord, c’est quoi le No Nut November ?
Chaque année, le populaire challenge revient en force et s’adresse majoritairement aux hommes hétérosexuels. Il consiste à empêcher toute masturbation et éjaculation pendant un mois complet. Le nom du défi vient du No Shave November, plus connu sous Movember. Mais il trouve également ses racines dans un autre mouvement, bien connu des 4Chan et Reddit de ce monde: le NoFap. Ce dernier est surtout axé sur l’idée de se départir de la « mauvaise » habitude d’avoir recours à la pornographie et se débarrasser de comportements sexuels addictifs.
La première mention du No Nut November sur le web remonte à 2011, mais on retrouve aussi le nom NoFap September dès 2009. Sur Reddit, à l’heure actuelle, près de 86 000 membres font partie de la chaîne No Nut November. Elle sert à mettre de l’avant les règles du défi par le modérateur du forum, nommé Nut Chief/Nut Daddy, mais permet aussi aux participants de pouvoir échanger et s’encourager pendant ledit mois avec les autres, bien nommés, cumrades.
Des effets réels sur le corps et l’esprit ?
Le mouvement NoFap aurait émergé suite aux résultats d’une étude chinoise de 2003 mettant en évidence une montée de la testostérone chez plusieurs participants après plusieurs jours (7) d’abstinence. Les adeptes de ces challenges souhaitent reprendre une sorte de force vitale masculine. Les fervents du No Nut November partagent des vidéos dans lesquelles on voit leur évolution pendant tout le mois, passant souvent d’un visage fatigué à celui, serein et lumineux, de quelqu’un qui a subi une cure de jeunesse. Les différentes retombées notées par les participants sont souvent de cet ordre: plus d’énergie, de motivation et de confiance en soi. Certains vont même jusqu’à dire que leurs idées sont plus claires et qu’ils rencontrent un meilleur succès auprès des femmes.
Cela dit, beaucoup plus de données scientifiques sont en faveur d’une éjaculation fréquente que celles qui appuient la restriction de l’éjaculation. Il n’y a pas réellement de preuves scientifiques solides qui font état de bénéfices tangibles à empêcher la masturbation. Par contre, entreprendre un défi, et persévérer dans la direction qu’on s’est donnée pour le réussir, peut amener d’importants avantages pour la personne qui le fait. Ce qui peut expliquer l’augmentation de la motivation, de l’énergie et de la confiance en soi.
Il y a une forme d’empowerment à surmonter un challenge du genre. Lorsqu’on se sent plus en maîtrise de soi, on a les idées plus claires. Conséquemment, être confiant.e et bien dans sa peau, c’est séduisant! Il ne faut donc pas chercher très loin pour comprendre les améliorations rencontrées par les adeptes du No Nut November.
Blue Balls et cie: y’a-t-il un danger?
Vous avez peut-être déjà entendu parler du syndrôme des couilles bleues ou «Blue Balls Syndrome»? Cette expression, souvent lancée à la blague, évoque le besoin sexuel trop réfréné qui laisserait les testicules de couleur bleu, du fait de ne point arriver à « se vider ». La référence, plutôt vulgaire, vient tout de même d’une crainte réelle et le No Nut November peut laisser croire à bien des jeunes garçons et jeunes hommes que leurs testicules pourraient souffrir d’un traitement de la sorte.
Cela dit, pas de danger en vue. Le syndrome des couilles bleues (ou boules bleues) est une hypertension épididymale. C’est lorsqu’il y a une excitation prolongée du pénis, sans que l’éjaculation puisse arriver. Mais, selon l’urologue Richard K. Lee, interviewé par Men’s Health, ceci n’arrive en général que s’il y a un blocage, causé, par exemple, par l’utilisation d’un anneau pénien (ou cockring) ou un médicament pour maintenir l’érection (ex.: Viagra).
De façon générale, il n’y pas de conséquences physiques négatives à relever ce défi mensuel. Les répercussions positives semblent bien réelles, selon plusieurs jeunes hommes qui témoignent de leur expérience. Mais, comme indiqué plus tôt, le bien-être ressenti et les changements vécus découlent probablement de la fierté d’avoir relevé ce challenge et du sentiment de réussite, plutôt que d’avoir stoppé la masturbation et l’éjaculation.
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Se poser les bonnes questions
Évidemment, le No Nut November peut avoir de bons côtés. Par exemple, amener un questionnement légitime sur sa propre satisfaction sexuelle. Ou explorer les raisons qui mènent à la masturbation et à la consommation de pornographie qui, on le sait sait, a des impacts majeurs sur les jeunes, car elle sert souvent d’éducation à la sexualité. Dans un dossier de 2018 du Devoir sur l’enfance à l’ère du #MoiAussi, on parle d’ailleurs d’enfants accros dès 8 ans à ce type de contenu.
De nombreux jeunes hommes participant au challenge souhaitent mettre leur addiction à la pornographie. Tout n’est donc pas mauvais: il peut y avoir des bénéfices à se demander si nos comportements masturbatoires sont sains. Est-ce qu’ils nous apportent du bien-être ou si, au contraire, on les vit avec culpabilité ? Ou pour pallier à des frustrations, des manques, etc. ? La question se pose.
Pourquoi le No Nut November est problématique?
Prendre une pause de masturbation et de pornographie n’est pas un problème en soi. Mais les discours entourant le No Nut November et le NoFap sont contraignants et culpabilisants. Pendant longtemps, la masturbation a été fortement réprouvée, voire démonisée. Il reste encore de nombreuses séquelles de cela et de grands tabous autour de cette pratique, pourtant totalement normale et saine. Le message véhiculé avec ce défi est que la masturbation est nocive, ainsi que la pornographie. Pourtant, celles-ci peuvent être sources de plaisir et d’inspiration.
Les participants font aussi référence à une masculinité très stéréotypée. Par exemple, on évoque les « forts » versus les « faibles », pour départager ceux qui relèvent le défi de ceux qui l’échouent. On utilise d’ailleurs des illustrations de corps musclés (ex.: des superhéros) pour imager la réussite du défi. D’autre part, on fera appel à des visuels de corps décharnés et amaigris pour ceux qui auront abandonné ou échoué. Ce n’est pas sans rappeler certaines illustrations qui, au 19e siècle, circulaient pour effrayer quiconque commettait le péché de masturbation. Des visages émaciés, des corps couvert de cloques et d’hémorragie, etc. Fun fun!

On a d’ailleurs longtemps pensé que la masturbation était un gaspillage de sperme, considéré comme une substance vitale pour enfanter, mais donne aussi au corps vigueur et force. Avec le No Nut November, on revient à des théories farfelues qui offrent une vision de la sexualité culpabilisante et contraignante. Une sexualité qui repose sur la punition, la privation. Pensons juste aux programmes d’éducation à la sexualité basés sur l’abstinence qui ont démontré que… ça ne fonctionne pas. Au contraire, ça empire la situation!
Des fondements religieux et… d’extrême-droite
NoFap a aussi des fondements religieux qui font rapidement surface. On peut même voir, dans certains montages d’images circulant sur le web, des mèmes comme disant : « Doing NNN show your devotion to Jesus ».(Traduction libre : Faire le No Nut November démontre ta dévotion envers Jésus.) Des parallèles sont aussi à faire avec la montée du mouvement de la droite radicalea ux États-Unis. Comme les #ProudBoys qui utilisent le mot-clic #NoWanks pour réprouver la masturbation, une habitude de « faibles ». Des liens avec les communautés Incels sont également très faciles à trouver en quelques clics sur Google…

Fait intéressant : les résultats trouvés sur Youtube avec les mots-clés « No Nut November Benefits » sont très parlants. En effet, les noms d’utilisateurs des Youtubeurs vantant les mérites d’un tel défi rappellent tous l’idée d’un surhomme: Alpha Show, Improvement Pill, Pinnacle of Man, Based Zeus. Bref, une masculinité stéréotypée au possible, et très peu réaliste. Et, surtout, problématique pour bien des jeunes hommes qui n’y correspondent pas.
Ajoutons aussi que le No Nut November est suivi de son antithèse: le Destroy Dick December. Le but est de se masturber à profusion et, même, d’augmenter progressivement la cadence de la pratique masturbatoire. (Par exemple, le 1er décembre, on le fait une fois. Le 2 décembre, deux fois et ainsi de suite). C’est, en quelque sorte, la récompense qui suit le mois de privation. Ce qui laisse encore planer l’idée que les hommes ont toujours ce besoin urgent de soulager leurs envies sexuelles.
No Nut November: sans danger, mais à méditer
En résumé ? Pas de danger à faire le No Nut Challenge. On peut prendre une pause de masturbation et de porno, sans problème. Si des gens considèrent que ça leur fait du bien et qu’ils en ressentent des bénéfices; tant mieux!. Mais encore faut-il le faire pour des raisons valables, comme améliorer son bien-être sexuel et global. Entreprendre le défi n’est donc pas le problème; ce sont les motivations sur lesquelles il repose qui sont qui le sont. On mise sur la honte, la culpabilité et la restriction. Mais, les régimes et les privations alimentaires ne sont pas une méthode efficace et ça ne le sera jamais.
Photo de une: Burak The Weekender
