dependance porno

Porno : comment savoir si j’ai une dépendance ?

Une chronique pour Moteur de recherche dans laquelle je me penche sur la dépendance à la porno.

Saviez-vous qu’actuellement, les sites pornographiques représentent 4% de tous les sites web existants confondus ? Que les trois sites de porno les plus populaires – soit PornHub, Xvideos et XNXX – reçoivent environ 135 000 visites par minute ? Selon la chercheure et professeure au Département de Psychologie de l’UdeM, Beáta Bőthe (prononcer Bé-aï-ta Beu-deu), on sait aussi qu’ «En Amérique du Nord, en Europe et en Australie, de 70 à 94 % des adultes ont consommé de la pornographie à un moment ou à un autre de leur vie ».  

La porno est au cœur de nos existences. Pourtant, elle est encore entourée de tabous. En plus, on parle assez peu ouvertement de la consommation que l’on en fait. Pourtant, on le voit et les statistiques le démontrent; de la pornograghie, il s’en écoute en titi! Toutefois, et même si des millions de personnes en consomment, elle demeure souvent critiquée, pointée du doigt, considérée comme malsaine. Conséquemment, la consultation de contenus XXX est souvent accompagnée de culpabilité, voire de honte. On entend qu’elle n’amène que du mauvais (ce qui est faux!) et qu’elle ne devrait même pas faire partie de nos sexualités. Comment faire alors pour savoir si sa consommation est problématique ? ? Quels sont les critères qui déterminent s’il y a réellement un problème avec ce qu’on consomme et la façon dont on le fait ? 

Écouter la chronique audio.

Ce qu’est une consommation problématique

Une récente étude, réalisée par Beáta Bőthe et son équipe et publiée dans la revue Addiction, s’intéresse justement à la consommation dite « problématique » de la pornographie. Avec un large échantillon de près de 82 000 personnes dans 42 pays, l’étude s’intéresse à une population d’hommes, de femmes, mais également de personnes non binaires. On y utilise une échelle, intitulée Problematic Pornography Consumption Scale (PPCS) et créée par l’équipe en 2017, afin de déterminer les effets que cela peut entraîner chez ces personnes. La PPCS utilise six facteurs repris du modèle biopsychosocial de l’addiction de Griffiths (2005) : la saillance, la tolérance, la modification de l’humeur, le conflit, le retrait et la rechute.

Je propose de reprendre ces éléments et d’y ajouter mon grain de sel de sexologue afin de mieux comprendre les déterminants d’une consommation de pornographie considérée comme problématique. Et comment se manifeste la dépendance. 

La saillance 

Ce que l’on entend pas saillance, c’est la place qu’occupe la pornographie dans la vie de la personne. Parce que « beaucoup » pour une personne, c’est peut-être « peu » pour une autre. Il n’y a pas de règles strictes pour déterminer ce qui constitue une grande versus une petite consommation. Prenons un exemple simple. D’un côté, on a une personne qui écoute cinq minutes de contenus pour adultes, mais passe plusieurs heures ensuite à culpabiliser et se sentir mal. De l’autre, une autre qui en écoute une heure par jour, mais qui s’en réjouit, se sent satisfaite et y prend plaisir. Il y a évidemment plus de risques que cela ait un impact négatif sur le son bien-être de la première personne. Il est donc difficile de mettre une notion de temps. Par contre, on peut brandir un petit drapeau rouge dans les cas suivants : 

  • La personne passe tellement de temps à en consulter, qu’elle manque des rendez-vous, est en retard/quitte plus tôt au boulot, etc.;
  • Elle privilégie cela au détriment de sa vie sociale;
  • Sa consommation devient le centre de sa vie. 

La modification de l’humeur 

C’est lorsque la pornographie est utilisée pour réduire/éviter les émotions négatives. On pourrait aussi parler de coping mecanism ou mécanisme/stratégie d’adaptation. Rien d’inquiétant jusqu’ici; nous avons tous.tes nos façons de réagir à des situations désagréables ou stressantes. Pour certain.e.s ce sera de faire du sport, pour d’autres boire un verre. Tandis que d’autres se tourneront vers la pornographie. Cependant, et pour toutes ces situations, cela peut aussi cacher un évitement plutôt que de confronter ce qui est difficile. Ça peut fonctionner un certain temps, mais ça ne dure pas. Dans le cas de la porno, elle peut devenir une forme de béquille. Que ce soit pour se défouler, passer sa colère, sa tristesse, son ennui, son anxiété, etc. Si le fait d’en consommer permet une détente, de penser à autre chose, de s’évader, il reste qu’après, on revient à la case départ. On doit quand même affronter ce qu’on a voulu ignorer. 

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La tolérance 

Dans ce cas-ci, on parle d’accoutumance et, éventuellement, de dépendance. C’est l’augmentation progressive de la consommation. car ce qui était consommé au départ ne fait plus autant d’effet. Tout comme une drogue, on aura tendance à vouloir retrouver le buzz du début. On va donc consommer toujours plus pour retrouver le même plaisir, le même niveau de satisfaction. Mais c’est un peu comme le serpent qui se mange la queue*; ça n’a pas de fin. On crée un cercle vicieux qui perdure, puisqu’on met la barre toujours plus haute. 

*Faites-vous les images mentales que vous voulez.

Le conflit 

Quand la consommation de pornographie est problématique, elle peut amener des conflits autant internes qu’externes. Par conflits internes, on veut dire que la personne peut ressentir un conflit intérieur. Cela peut venir avec le fait de consulter des contenus qui, par exemple, la rendent mal à l’aise mais l’excite. Ou, encore, la font sentir bien sur le coup, mais la laissent avec un sentiment de culpabilité après. Pensons aussi à une personne qui peut se sentir déstabilisée d’avoir des difficultés érectiles lors de la sexualité avec partenaire(s), alors qu’elle ne rencontre aucun enjeu du genre lors de sa consommation de pornographie. 

Quant aux conflits externes, ils peuvent être avec le, la ou les partenaires, entre autres. On peut penser à l’impact que la porno peut avoir sur le désir (ex.: perte de désir, attentes irréalistes face aux corps des personnes avec qui on vit une sexualité) ou sur la disponibilité ou non à s’engager dans la sexualité avec l’autre ou les autres (ex.: difficultés à trouver la sexualité « en vrai » excitante). Si l’on reprend l’exemple nommé plus tôt d’une personne avec une consommation qui déborde sur le travail, les activités sociales, etc., il pourrait aussi y avoir conflit avec des collègues, des patrons, des ami.e.s. 

Le retrait

On parle ici des effets que peuvent avoir l’absence de pornographie sur la personne et qui peuvent amener de la détresse psychologique, voire des symptômes de sevrage. Si la personne qui consomme ressent un manque, une colère, une frustration, de l’impatience, de l’impuissance et même du désespoir de ne pas avoir accès à sa dose de porno, ce sont des signes importants que quelque chose ne fonctionne pas et que celle-ci a besoin d’aide. Ce qui nous mène au dernier point, soit la rechute. 

La rechute 

Finalement, le dernier facteur, et non le moindre, est la rechute. C’est lorsque la personne tente de faire des efforts pour moins consommer, voire stopper complètement, mais n’y arrive pas. Il s’agit de l’élément qui consolide le fait que la personne vit une dépendance et qu’elle doit, non seulement obtenir de l’aide, mais aussi avoir accès à des ressources pour mettre en place des stratégies pour se défaire de cette addiction.

Des ressources disponibles

Il est possible de consulter les 18 questions de la PPCS (Pornography Problematic Consumption Scale) afin de valider si la consommation de porno est un enjeu. Si c’est le cas, le CIVAS (Centre d’intervention en violence et agressions sexuelles) propose le programme Porno-dépendance qui est offert aux adultes de toutes orientations sexuelles « qui vivent des difficultés quant au visionnement de pornographie. » Le site çasuffit.info offre un programme d’auto-assistance entièrement anonyme pour les personnes qui ont des fantasmes sexuels envers les personnes mineures (et qui inclut la consommation de pornographie). 

Photo de Inspa Makers sur Unsplash

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