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Est-ce qu’avoir des relations sexuelles la veille d’une compétition sportive nuit réellement à la performance ?

Nous avons reçu la question suivante : 

Nous sommes deux amis, auditeurs fidèles de l’émission, et une question nous est venue la fin de semaine dernière : est-ce qu’avoir des relations sexuelles la veille d’une compétition sportive – par exemple un marathon ou un trail – nuit réellement à la performance, ou est-ce simplement une légende urbaine ? – Matthieu et Marie de Montréal

Je vous ramènerai d’abord dans un épisode du balado Je demande pour un ami, disponible sur Ohdio, et auquel votre humble chroniqueuse a participé. L’animatrice Varda Étienne y appelle le boxeur québécois Jean Pascal afin de lui demander : toi là, est-ce que tu t’abstiens avant un match ? Et, si oui, pendant combien de temps ?

La réponse de l’athlète : oui et pendant 30 jours avant un match. Rien de moins. Il dit que cela lui permet de garder son agressivité, sa colère, d’être plus concentré et de conserver un taux de testostérone élevé afin de mieux performer. Il n’est pas le seul à avoir cette habitude. Un collègue de Radio-Canada, Robert Frosi, rappelle dans une chronique sur le sujet que Mohammed Ali s’abstenait pendant une période de six semaines précédant un match. 

Mais d’où vient cette idée ?

Écouter la chronique audio.

Un concept qui date 

Il faut remonter à l’Antiquité pour trouver les sources de ce précepte. On enseignait aux athlètes de la Rome et de la Grèce antique à éviter les relations sexuelles avant des compétitions afin de conserver leur énergie et augmenter les chances de réussite. On estimait que l’éjaculation pouvait amener les hommes à perdre de la testostérone et de la force physique. 

Ce qui n’est pas sans rappeler les concepts derrière des défis comme le No Nut November – dont j’ai déjà parlé dans une chronique en 2020. C’est un défi qui a lieu au mois de novembre et qui consiste à s’empêcher de se masturber ainsi que d’éjaculer pendant toute la durée du mois. Le but est de retrouver une forme d’énergie vitale qui serait, selon les participants, « gaspillée » en se masturbant. Ces idées, quant à elles, proviennent, entre autres, du mythe d’Onan – appelé aussi le péché d’Onan ou l’onanisme – c’est-à-dire se masturber pour le plaisir, sans but de procréation. 

Le principe a donc perduré dans les mœurs et, on peut le voir, continue à avoir une influence sur les coutumes sportives. De nombreux.ses athlètes ajustent encore leur routine sexuelle pour s’assurer qu’elle ait le moins d’impact sur leur performance sportive. À contrario, certains sportifs et certaines sportives vont utiliser la sexualité pour augmenter leur chance de performer. Par exemple, la lutteuse américaine Ronda Rousey a affirmé, lors d’une entrevue sur Showtime en 2012, qu’elle essayait d’avoir « le plus de relations sexuelles possible » avant un match. Le joueur de tennis australien Nick Kyrgios, quant à lui, a affirmé que, s’il ne peut avoir de sexualité, ces matchs s’en ressentent négativement.  

Alors, qui a raison et qui a tort ? 

Mythe ou réalité

D’abord, il faut souligner qu’il y a, dans ce sujet, des biais importants. C’est d’ailleurs ce que rapporte un papier de 2022, paru dans la revue Nature. Intitulée « The influence of sexual activity on athletic performance: a systematic review and meta-analyses » (traduction libre : L’influence de l’activité sexuelle sur la performance sportive : une revue systématique et des méta-analyses), cette recherche s’est penchée sur plus de 35 000 documents afin de comprendre le réel impact de la sexualité sur la performance athlétique. Dans les recommandations effectuées, on indique que des études devraient être menées auprès de certaines populations : 1) auprès de femmes ; 2) auprès de personnes plus âgées. La recherche en général s’est donc majoritairement intéressée à un type spécifique d’athlète, soit un homme jeune, majoritairement hétérosexuel, actif sexuellement et sans enjeux de santé liés à l’avancée en âge. 

Une fois ceci nommé, on peut s’intéresser aux résultats des études effectuées sur cet enjeu. De façon générale, le fait de s’abstenir d’avoir de la sexualité avant une compétition est un mythe. Il n’y a pas d’impact majeur sur la performance physique et cela n’augmente pas le risque d’échec. On estime qu’une relation sexuelle correspond à environ « entre 25 et 50 calories [en consommation énergétique], soit l’équivalent de monter les marches sur deux étages ou de faire cinq petites minutes de jogging.» 

Une question de testostérone ou d’effet placebo/nocebo ?

Dans une revue systématique, parue en 2016 dans la revue Frontiers in Psychology, on rapporte que plusieurs études effectuées sur les taux de testostérone ne s’entendent pas toutes sur les résultats: certaines indiquent que le taux de testostérone augmente après une activité sexuelle, tandis que d’autres ne voient aucune différence. De façon globale, les études parues dans les années subséquentes ne notent pas de différence marquée qui pourrait signifier qu’un athlète devrait s’abstenir d’avoir des relations sexuelles pour améliorer ses scores. 

Que les études s’entendent ou non, cela ne change pas le fait que les êtres humains ont besoin de rituels et excellent dans l’autosuggestion. Si un sportif ou une sportive de haut niveau croit dur comme fer que les résultats de ses compétitions seront meilleurs s’il ou elle s’abstient de toute activité sexuelle juste avant, il y des chances que cela fonctionne. En effet, si une telle routine est installée et que cela augmente la confiance de la personne en ses propres capacités, il est évident que cela la place dans une posture positive pour sa compétition. 

C’est un peu comme l’effet placebo et l’effet nocebo. Le premier est une influence perçue chez une personne qui prend un traitement inerte ou subi une procédure sans impact, mais qui y répond tout de même positivement. L’effet nocebo est l’inverse : on répond négativement à ce même traitement/procédure, même si, en réalité, ce n’est pas supposé créer de répercussions ni positives, ni négatives. 

Donc, si avoir de la sexualité avant un match amène des résultats positifs, on y verra peut-être un procédé qui fonctionne et qui amène des résultats bénéfiques. Au contraire, si l’on a de la sexualité avant une compétition et que celle-ci se passe mal, on pourra associer cette pratique à quelque chose de négatif. 

Des avantages et … des inconvénients

Admettons que l’on décide d’aller de l’avant et d’avoir de la sexualité tout juste avant une compétition sportive, comme le demande nos auditeurices. Est-ce grave ? Eh bien, non et il peut même y avoir des bénéfices. Par exemple, cela peut donner l’occasion de se détendre, de relâcher la tension, d’activer la sécrétion d’hormones comme la dopamine (plaisir), l’ocytocine (ou hormone de l’attachement), l’endorphine (euphorie), etc. On dort souvent mieux, aussi, après l’orgasme. 

Cela dit, si les activités sexuelles prennent le pas sur la routine précompétition et qu’elles bousculent l’horaire établi, qu’elles font en sorte qu’on s’endort plus tard et qu’elles ont pour résultat d’amener plus de fatigue que de repos, cela risque d’avoir un impact sur la performance. 

Le respect des rituels

En somme, l’abstinence sexuelle avant une compétition sportive tient plus du mythe que de la réalité, mais ce qui importe avant tout, c’est le respect des rituels de chaque personne. De nombreux.ses artistes du monde de la musique ont leur coutume juste avant un spectacle ? Les athlètes aussi ! 

C’est pourquoi vous verrez tout autant des sportifs et sportives s’empêcher d’avoir des relations sexuelles avant de performer que des athlètes qui, au contraire, intégreront la sexualité à leur routine prématch sans problème. 

Bref, you do you, comme on dit en bon français !

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