soutien-gorge

Quelle est l’utilité réelle du soutien-gorge pour le corps ?

Les seins ont beaucoup fait parler récemment; une manifestation au slogan équivoque, Libérez les seins!, a même eu lieu sur le parc du Mont-Royal. L’événement venait en appui à une jeune personne de Québec. Celle-ci a été interpellée par des policiers parce qu’elle était seins nus dans un endroit public. On a aussi beaucoup remis en question le port du soutien-gorge pendant la pandémie. En effet, les personnes avec des seins ont largement délaissé la brassière. Soit pour, carrément, embrasser le mouvement No bra. Ou, encore, pour aller vers des solutions moins rigides, comme la bralette ou le soutien-gorge de sport. Avec tous les changements et questionnements sur ce vêtement, on peut se demander la réelle utilité de ce dernier.  Je vous propose un petit tour d’horizon de ce bout de tissu, afin de comprendre à quoi il a pu servir à travers les âges.

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Les ancêtres de la brassière

Revenons quelques siècles en arrière, soit au 14e siècle avant Jésus-Christ. Les femmes de la civilisation minoenne portent des bandes de tissu serrées autour de la taille et juste en dessous des seins. Le but est de les faire ressortir et les supporter. Selon feu Marilyn Yalom, autrice du livre A History of the Breast (1998), il est difficile de dire avec certitude si c’est une pratique courante. En effet, comme ces constats sont faits à partir d’images et de sculptures de déesses, il est peu évident de savoir s’il s’agit d’une représentation idéalisée ou non. Toujours est-il que, selon l’autrice, les femmes de cette époque « ont du pouvoir et du prestige » et le sein est sacré. On peut donc penser que c’était une façon de mettre en valeur cet attribut féminin. 

Du côté de la Grèce et la Rome antique, on découvre que les femmes utilisent des bandeaux de tissu qui enserrent la poitrine. On en voit sur des représentations imagées, où des femmes les portent lors des pratiques sportives afin d’empêcher que les seins rebondissent. On constate aussi que les poitrines féminines sont supportées par des bandes tissées qui définissent la poitrine en séparant les seins.

Selon le site Interesting Engeenering qui s’intéresse aux diverses technologies, on explique que, dans la Rome antique, les femmes portent le strophium ou fascia mamilla (qui signifie cravate de seins). Les jeunes femmes vont souvent l’utiliser pour empêcher les seins de s’affaisser. En effet, chez les Romains, le sein pendant est considéré comme non attrayant. On l’associe également à la vieillesse. Dans l’ouvrage Cultural encyclopedia of the body (2008), on ajoute que certaines personnes utilisent ce tissu pour comprimer la poitrine afin d’empêcher le développement des seins. La raison derrière cette pratique? Empêcher l’affaissement de la poitrine et correspondre aux standards de beauté.  

Le sein idéal 

À cet effet, on peut se tourner vers le livre livre Seins: en quête d’une libération (Éditions Anamosa, 2020), de  l’autrice française Camille Froideveaux-Metterie. Elle retrace – beaucoup grâce à l’ouvrage de Marilyn Yalom cité plus tôt – les différentes attentes esthétiques envers le sein féminin. Par exemple, elle rapporte que, dès l’Antiquité, on compare les beaux seins à des pommes, soit ronds et fermes. Elle passe ensuite aux temps médiévaux et à la Renaissance où les seins sont «petits, blancs, ronds comme des pommes, fermes et bien séparés ». Elle dénote aussi que la poitrine féminine, pendant une grande partie de l’Histoire avec un grand H, doit souvent être « sans poids et affranchie des lois de la gravité ». 

Et le soutien-gorge n’est pas étranger à cela. Comme l’indique Yalom, « les corsets et brassières ont été tour à tour conçus pour resserrer et dissimuler les seins ou les soutenir comme des pommes et des torpilles ». Bref, le soutien-gorge a quand même une longue histoire de contraintes féminines à différentes tendances et idéals de beauté. 

Vêtement de contraintes et d’émancipation 

Malgré tout, on le perçoit aussi comme un habit d’émancipation. En effet, après avoir connu le corset pendant une grande partie de l’histoire, élément qui couvrait parfois poitrine, taille et, même, hanches, une brassière qui soutient seulement les seins, mais libère le reste du corps, apparaît comme une véritable libération. Sa popularité a d’ailleurs augmenté avec les nombreux changements sociaux et politiques. Les nouvelles technologies ont permis d’explorer diverses façons de concevoir ce vêtement afin de le rendre plus confortable, plus flexible et pour répondre, entre autres, aux besoins du marché du travail. On pense, entre autres, au fait que, lors de la Première guerre mondiale, les femmes ont eu à investir les emplois auparavant occupé par les hommes.

Le plus ancien brevet enregistré pour un soutien-gorge – qui s’apparente encore beaucoup à un corset –  date de 1862 et est signé par Luman L. Chapman. Herminie Cadolle présentera ensuite, à l’Exposition universelle de Paris en 1889, le tout premier corselet-gorge “bien-être” et le fait breveter en 1898. En 1914, c’est au tour de Mary Phelps Jacob, connue sous Caresse Crosby, d’acheter un brevet pour ce que plusieurs considèrent comme la brassière moderne.  

Entre libération et pression sociale

De nos jours, qu’en est-il? Comment considère-t-on la brassière? J’ai posé la question sur Facebook et plus d’une soixantaine de personnes m’ont répondu, plusieurs en public, quelques-unes en privé. En résumé, il y a les celles qui ont abandonné la brassière pour se sentir libre et celles qui veulent bien, mais qui ont de fortes poitrines. Il y a aussi les personnes qui se sentent très confortables avec celles-ci tandis que d’autres le sont moins.

Parmi ces dernières, plusieurs n’osent pas franchir le pas du no bra, par peur du jugement. Et aussi parce qu’on nous a appris qu’un sein doit avoir une certaine forme et que les leurs risquent de ne pas y correspondre. Ainsi, la relation au soutien-gorge dépend de plusieurs facteurs. Contraignant pour certain.e.s, il est, au contraire, libérateur pour d’autres. Ainsi, tout dépend du corps qu’on a, de la grosseur des seins, des activités qu’on fait et, même, de la génétique. 

Team brassières ou team no bra ?

Mais concrètement, pour le corps, qu’en est-il? Eh bien, cela dépend. On a beaucoup entendu parler du fait qu’abandonner la brassière équivalait à dire adieu à la gravité et se retrouver avec des seins aux genoux. Et, dans les faits, on trouve autant d’avis de médecins et spécialistes de la santé qui prônent le port de la brassière que ceux et celles qui disent que ça ne change rien. Selon Medical News Today, plusieurs facteurs peuvent contribuer à la descente de la poitrine. Parmi les éléments nommés, il y a : 

  • l’âge (plus on vieillit, plus le corps s’affaisse);
  • la génétique (si c’est de famille d’avoir des seins plus descendants, par exemple);
  • la fluctuation du poids (qui fait en sorte que la peau s’étire et ne revient pas comme avant);
  • les différentes phases hormonales (la texture des tissus mammaires change selon le cycle menstruel); 
  • la grossesse, évidemment. 

Pas de consensus

Il n’existe pas de preuves scientifiques suffisantes pour déterminer si le port du soutien-gorge ou non a un effet sur l’affaissement. La seule étude qui se penche sur le sujet et qu’on cite partout est celle de Jean-Denis Rouillon. Ce spécialiste en médecine sportive a étudié les effets du port de la brassière chez 350 femmes sur une période de 15 ans. Par contre, et comme le souligne Medical News Today, Rouillon n’a pas publié d’étude officielle. Il n’a aucune révision par les pairs. Difficile de s’y fier, dans ce cas. 

Plusieurs personnes gardent leur brassière de nuit. Certaines la gardent trop longtemps de jour. Toujours pour éviter que les seins deviennent moins fermes. Cela peut causer des problèmes de santé qu’il faut tenir en compte. Il y a également une statistique, grandement utilisée par les marques. On dit que 8 femmes sur 10 choisissent la mauvaise grandeur de soutien-gorge. D’après un article du New York Times paru en 2021, ce serait faux. Il semble que l’on répète ad nauseam ce mantra pour que la clientèle ne sache pas comment sélectionner elle-même les brassières. Le problème n’est donc pas la grandeur. C’est plutôt le fait qu’on utilise la méconnaissance des personnes avec des seins. On conserve une forme de mystère sur la complexité du choix de soutien-gorge. Ainsi, on s’assure de toujours garder la clientèle dépendante.

Brûler les brassières ou les normes de beauté ?

En fait, le mot final sur le soutien-gorge, c’est vous qui l’avez. Vous avez envie de retirer votre brassière? Allez-y. Vous êtes plus confortable avec? Gardez-la. Au-delà des raisons physiques, ce sont surtout les raisons esthétiques et sociales qui dictent le port de la brassière. On verrait probablement plus de personnes les seins libres si on était plus acceptants. Accepter des seins dont la forme, la dureté, la hauteur, la texture et la capacité à défier la gravité varie.  En bref, dans divers écrits scientifiques et moins scientifiques, on revient souvent à un seul et même conseil : allez-y selon votre confort. C’est vous qui vivez avec vos seins, après tout.

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