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Éducation à la sexualité : à quel âge et comment en parler aux enfants?

Dans les dernières semaines, une étude américaine a fait grand bruit et le tour des manchettes à travers le monde. C’est qu’elle amène des preuves concrètes que l’éducation à la sexualité qui mise sur la responsabilité personnelle et non sur l’abstinence, eh bien ça fonctionne! En effet, une équipe de chercheur.e.s a démontré que, aux États-Unis, le taux de grossesse chez les jeunes filles avait baissé de plus de 3% dans le pays entier avec une éducation sexuelle adéquate.

Cela confirme qu’éduquer les jeunes et les traiter comme les personnes intelligentes qu’elles sont, ça porte fruit et c’est mieux que la restriction et les tabous. Donc, les ados bénéficient d’une éducation à la sexualité compréhensive et ouverte. En est-il de même pour les petits et petites? Faut-il leur parler de sexualité et, si oui, comment? Et, surtout, quand? Je vous donne six raisons pour lesquelles une éducation à la sexualité commence idéalement dès que possible.  

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Une grande différence entre enfants et adultes 

Dès un tout jeune âge, les enfants vont commencer à explorer les différentes parties du corps. Les bébés sont constamment en train de toucher. Ils mettent des objets dans leur bouche, tâtonnent nos mains, notre visage, nos cheveux. C’est leur façon d’appréhender le monde; les bébés sont curieux.ses de tout, cherchent à comprendre via les différentes sensations que chaque contact procure. Évidemment, ielles vont aussi toucher et stimuler leurs organes génitaux. D’ailleurs, plusieurs parents m’ont déjà dit être mal à l’aise quand ce type de comportement arrive. Mais tout est normal.

Il s’agit simplement de retirer votre lunette d’adulte pour mettre plutôt celle d’un enfant; votre progéniture le fait par curiosité, pour explorer son corps et parce que ça lui fait du bien. Cela se fait sans arrière-pensées, sans but, sans motivation sexuelle telle qu’un.e adulte la conçoit. L’enfant reste un enfant qui découvre ce que c’est d’habiter un corps. 

Quand on pense à l’éducation à la sexualité, on l’associe souvent aux premières expériences sexuelles, à la prévention des ITSS et aux grossesses non désirées. On oublie que c’est aussi l’apprivoisement et la santé des organes génitaux, de l’auto-stimulation (la masturbation) et l’apprentissage d’un corps qui vit et ressent des choses. C’est également anticiper des changements corporels qui vont arriver vite et qui, probablement, vont générer des interrogations chez votre jeune. 

Comprendre ce qu’est l’intimité 

Votre enfant a besoin de balises pour savoir comment agir, tant face à son propre corps qu’en interaction avec les autres. On le sait: les jeunes enfants touchent et se touchent pour expérimenter les diverses sensations. Ainsi, il est fort probable que vous voyez votre jeune en pleine exploration de l’intérieur de sa culotte, alors que toute la famille écoute un film dans le salon. L’enfant ne sait pas nécessairement que cela se fait dans l’intimité et il.elle doit apprendre. On peut lui dire, sans lui faire honte et le.la gêner, que ces gestes là sont normaux, d’abord. Ensuite, on lui explique que cela se fait dans sa chambre, en privé. Ces limites sont importantes; elles l’aident à comprendre que certains moments sont réservés à l’exploration de son corps et qu’il y a des lieux et des occasions propices pour ce faire. 

Et gérer la nudité…

Selon la revue médicale américaine Healthline, il y a autant de bonnes raisons que de mauvaises d’être nu.e devant son enfant. Par exemple, c’est l’occasion de prôner l’acceptation du corps (body positivity ou body neutrality). Ou, encore, d’expliquer la différence entre nudité et sexualité. Par contre, cela peut causer des inconforts, tant au niveau des parents que des enfants. En effet, ce n’est pas tout le monde qui a la même aisance avec la nudité et on a pas tous.tes le même rapport à notre corps. On peut observer qu’entre 3 et 5 ans, les enfants sont particulièrement curieux.ses du corps, le leur et celui de leurs proches. Ils auront tendance à vouloir se promener nu.e.s et à tenter le plus souvent possible de vous observer dans votre plus simple appareil. Une fois de plus; c’est normal. Par contre, les parents doivent encadrer cela en expliquant que l’intimité, c’est aussi le fait d’avoir son espace à soi. 

Les parents qui prônent la nudité dans la maison doivent établir des frontières claires entre ce qui se fait dans le nid familial et ailleurs. Si tout le monde est à l’aise nu chez vous, ce n’est pas nécessairement le cas chez les voisin.e.s. Votre enfant risque d’avoir une mauvaise surprise s’ielle va dormir chez sa.son ami.e et prend ses aises, mais réalise que personne dans cette maison ne fait ça. Ça pourrait lui faire comprendre que c’est mal et étrange, alors qu’il n’en est rien. 

Connaître les bons mots et les comportements appropriés 

Un élément important dans l’éducation à la sexualité des plus jeunes, c’est aussi de comprendre adéquatement son anatomie. Pour ce faire, on utilise les vrais mots. C’est bien mignon les zizi, noune, boules et cie, mais ça n’aide pas les enfants à voir que ces parties du corps sont aussi importantes que les autres. Surtout s’ielles sentent que papa ou maman n’est pas très à l’aise d’en parler. En fait, les petits noms rigolos peuvent même instiller l’idée que c’est ridicule et gênant. Il y a un juste milieu entre le malaise qui indique à l’enfant que ce n’est pas bien d’en parler et le sérieux qui donne l’impression que c’est grave et inquiétant. 

On peut lui apprendre à nommer les différentes parties du corps, en incluant les organes génitaux. On lui montre comme un ensemble d’éléments qui le.la constituent. Si l’enfant connaît les mots justes, ielle sera plus à l’aise de s’exprimer, de nommer ses questionnements et inquiétudes en lien avec ces parties du corps. Le fait de savoir nommer ces parties de leur anatomie peut aussi aider l’enfant à comprendre que ces zones n’ont pas à être touchées par des adultes. La Fondation Marie-Vincent, qui soutient les enfants et ados victimes de violence sexuelle et physique, propose d’ailleurs aux parents de rappeler à l’enfant que « personne n’a le droit de toucher, regarder, donner des bisous et prendre en photos [leurs] parties intimes». 

Bien saisir la notion de consentement

On suggère également de leur parler de la notion de bulle et, pour ce faire, de prendre l’exemple des câlins. Parfois les démonstrations d’affection sont appréciées, d’autres fois non. Certaines personnes adorent les câlins, d’autres les détestent. L’enfant doit apprendre que la bulle de chaque personne est différente et qu’en plus, elle fluctue selon notre humeur. L’exemple des câlins peut aussi servir à expliquer les bases du consentement. 

On nous rabâche les oreilles avec ce concept, je sais. Mais c’est une notion importante et elle peut s’enseigner très tôt. Il montre à l’enfant comment protéger son intégrité physique et psychique, mettre ses limites et verbaliser ses besoins. Prenons l’exemple des bisous. Votre enfant peut adorer voir sa grand-mère Madeleine, mais détester se faire donner des bisous. Vous pouvez dire à votre enfant qu’il.lelle a le droit de ne pas être embrassé.e s’il ou elle ne le souhaite pas. Qu’il ou elle peut même dire poliment à sa grand-mère : je suis content de te voir, mais je ne veux pas de bisous. On peut aussi l’appuyer en faisant comprendre aux adultes alentour que vous apprenez à votre enfant à mettre ses limites. Invitez-les à être sensibles à cela.  

Quand l’enfant détermine lui-même les contacts qu’il apprécie et ceux qu’il préfère éviter, il.elle comprend qu’il.elle a un pouvoir de décision et que le consentement va dans les deux sens. Et pour les gens qui s’inquiètent d’en faire des enfants-rois qui disent non à tout, il faut se rappeler que le consentement, comme l’a dit la sexologue Geneviève Labelle aux Éclaireurs, c’est aussi apprendre à dire oui. C’est simplement donner les clés de compréhension à l’enfant qui peut alors faire un choix plus éclairé. Simple comme ça. 

À lire également : comment parler de sexualité avec des ados?

Prévenir les violences sexuelles

Les éléments précédents mettent la table pour parler de violences sexuelles et, surtout, mieux les prévenir. Si l’enfant sait qu’il peut mettre ses limites, que les parties intimes ont des noms et qu’elles ne doivent pas être touchées, ce sera plus simple de comprendre si des gestes à son égard sont déplacés. Cela lui permet aussi de déceler une situation potentiellement dangereuse. L’enfant sait que les gestes de plaisir et d’exploration, comme la masturbation, se pratiquent en privé et dans l’intimité, il.elle sera plus à même de comprendre que son corps lui appartient et qu’il peut avoir un contrôle dessus. 

Il est également important de parler aux enfants des personnes de confiance autour d’elleux, de leur faire savoir vers qui ielles peuvent se tourner s’il arrive quoi que ce soit. Par contre, il ne faut pas oublier que les agressions sexuelles sont majoritairement perpétrées par une personne connue de la victime. Selon la Fondation Marie Vincent, « 99% des agressions sexuelles vécues par les enfants rencontrés [dans leurs services] ont été commises par une personne connue [et] dans près de 75% des cas, il s’agit d’un membre de la famille immédiate.» Il faut donc être vigilant.e.s et, surtout, en parler pour sensibiliser toute la famille au complet. 

Normaliser le fait de parler de sexualité 

Il faut saisir les occasions de faire de l’éducation à la sexualité. Lorsque les enfants posent des questions, que ce soit sur le corps, sur la façon de faire les bébés, sur les apprentissages qu’ielles font à l’école, avec les copains.copines de la garderie ou l’école. On peut utiliser cela comme levier pour lancer une conversation. C’est une discussion qui doit cheminer et évoluer avec l’enfant; il n’y a pas UNE seule conversation qui règle tout. Souvent, les parents se font demander s’ils ont eu LA « fameuse » conversation avec leurs jeunes. Comme si celle-ci pouvait avoir lieu une seule fois et que tout se règle ensuite. Au contraire, il faut accompagner les jeunes à chaque étape, de la petite enfance au début de l’âge adulte. 

Évidemment, on sait qu’aborder la sexualité n’est pas toujours facile – pas pour rien que les sexologues existent! Comme parent, on doit se rappeler que ces discussions sont importantes; elles serviront à construire la base de leur éducation. L’éducation à la sexualité, c’est un tas de sujets connexes qui permettront aux enfants d’être de meilleur.s humain.e.s. Par exemple, cela peut servir à parler d’acceptation de soi et de son corps, d’identité de genre (les enfants ont conscience très tôt de cet aspect, parfois même dès l’âge de 2 ans), d’orientation sexuelle, de diversité pour leur apprendre à concevoir un monde plus ouvert et inclusif.

Des ressources pour les parents

https://jeunesidentitescreatives.com/ 

https://amaze.org/ 

https://naitreetgrandir.com/fr/etape/1_3_ans/viefamille/fiche.aspx?doc=parler-sexualite-enfant 

http://www.education.gouv.qc.ca/parents-et-tuteurs/education-a-la-sexualite/ 

https://www.educationsexualite.recitdp.qc.ca/

Photo de Magda Ehlers provenant de Pexels

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