anxiété

Est-ce que l’anxiété peut avoir un impact sur la sexualité?

Au tout début de février, la rappeuse américaine Doechii remportait le titre de meilleur album rap de l’année. Elle devient ainsi la troisième femme seulement, dans toute l’histoire des Grammys, à obtenir cet honneur. Mais pourquoi je vous parle de ceci ? C’est que la jeune rappeuse aborde ouvertement ses enjeux de santé mentale. Pour le plus grand bonheur de nos oreilles, elle vient d’ailleurs tout juste de sortir la pièce Anxiety

Si la musicienne de l’heure rejoint autant de gens en s’ouvrant sur ses problématiques d’anxiété, c’est qu’elle est loin d’être la seule à vivre cela. Et, de toute façon, on le sait et on le voit; le climat sociopolitique actuel est anxiogène. Hausse des tarifs, augmentation des loyers, climat d’incertitude, menaces, violences, crainte d’une troisième guerre mondiale… Bref, l’ambiance n’est pas très guillerette et il y a beaucoup, BEAUCOUP d’anxiété dans l’air. Ceci étant dit, revenons à la base. 

Écouter la chronique.

C’EST QUOI L’ANXIÉTÉ ?

Selon l’Association des médecins psychiatres du Québec, l’anxiété est : 

« […] une émotion désagréable qui combine des symptômes physiques (le cœur bat vite et fort, la respiration semble difficile, présence de sueurs, tremblements, étourdissements ou de mains moites, corps crispé, muscles tendus) et des pensées anxieuses (inquiétudes, ruminations, obsessions, doutes, craintes). Les différents troubles anxieux se distinguent par ce qui déclenche l’anxiété, l’intensité et la durée des symptômes. »  

Par exemple, on peut penser à l’anxiété sociale. C’est une anxiété générée par des situations sociales stressantes (ex. : avoir à faire une présentation devant public). Ou, encore, au trouble obsessif-compulsif (TOC), une anxiété générée par l’impossibilité de taire une peur (ex. : peur de la contamination). 

L’anxiété est aussi une forme d’anticipation d’une menace (réelle ou imaginée) tandis que le stress est la réaction à une menace réelle qui est présente dans l’immédiat. 

Selon Statistique Québec, « en 2023, environ 14 % de la population québécoise de 18 ans et plus avait reçu un diagnostic d’un trouble d’anxiété de la part d’un professionnel ou d’une professionnelle de la santé. » Et que les femmes sont, en général, les plus touchées par cette réalité. 

LES IMPACTS SUR LA SEXUALITÉ 

L’anxiété a des effets importants sur la vie de tous les jours, mais également dans la vie sexuelle. Cela peut prendre plusieurs formes. Mon collègue, le sexologue et psychothérapeute, François Renaud, en dénombre plusieurs, dont l’anxiété de passion (se limiter dans les émotions, peur d’être too much), l’anxiété d’engagement (peur de l’engagement, distance conservée) et l’anxiété d’intimité (peur de se dévoiler à l’autre versus ce que je veux savoir de l’autre). 

Pour ma part, je diviserai l’anxiété en trois types : 1) l’anxiété générale, 2) l’anxiété sexuelle et 3) l’anxiété de performance. 

1. Anxiété générale 

Si on connaît habituellement quand même bien les effets de l’anxiété sur le quotidien, le travail ou la vie sociale, mon expérience en clinique me fait réaliser que les gens n’ont pas toujours conscience de son impact sur la sexualité. Bien des personnes sont surprises quand je leur demande de me parler de leur travail, de leur rythme de vie, de leur entourage, de leur vie sociale, de leur hygiène de vie. Pour eux ce ne sont pas des sujets directement « sexologiques ». Pourtant, cela peut avoir des conséquences importantes sur la façon dont la sexualité est vécue. Prenons une situation de travail hyper stressante, avec des échéances impossibles. Cela crée de l’anxiété, parce qu’on a peur de ne jamais y arriver et qu’on remet en doute nos compétences. Il y a fort à parier que cela se répercute sur l’agir sexuel. On peut dénoter plusieurs situations du genre où l’anxiété pourra jouer sur notre capacité à se laisser aller dans l’intimité : 

  • Climat social anxiogène (ex. : pandémie, récession, etc.) 
  • Situation de santé (ex. : maladie, accident, etc.) 
  • Enjeux familiaux (ex. : parent à charge, garde partagée, conflits, etc.) 
  • Conditions de travail (ex. : précarité, pression, horaire, etc.)

2. Anxiété sexuelle

On parle ici d’une anxiété qui n’est pas liée à l’idée de performance, mais qui se rattache plutôt à certains traumas et craintes, construites en lien avec la sexualité. Dans un mémoire de maîtrise intitulé « Étude des liens entre fonctionnement sexuel, anxiété sexuelle et cognitions », réalisé par Yaëlle Markiewicz en 2022, elle cite Canivet, Boislard et Godbout qui ont étudié la question. Ils approfondissent ce concept en le définissant comme « la tendance d’une personne à avoir des pensées anxieuses, à ressentir de l’inconfort, de la peur ou à adopter un comportement d’évitement en présence de contextes ou de signaux sexuels ». 

Parmi les cas de figure que l’on peut rencontrer sous cette catégorie d’anxiété, on peut penser à : 

  • Une personne qui anticipe les rapports intimes, car elle a vécu une agression sexuelle;
  • Une personne qui a été humiliée par un.e partenaire lors d’échanges intimes; 
  • Un sentiment d’aversion envers la sexualité. 

3. Anxiété de performance 

C’est le fait de ressentir une forme d’anticipation face à la sexualité, par crainte de ne pas être à la hauteur. En somme, c’est la peur de l’échec. Elle peut se manifester de différentes façons, comme : 

  • Avoir peur d’être ennuyant.e au lit;
  • Douter de son apparence physique ou se juger plus durement à propos de celle-ci; 
  • Craindre de ne pas être capable de donner un orgasme à son.sa partenaire. 

LES CONSÉQUENCES 

Évidemment, ces différents types d’anxiété peuvent avoir des impacts directs sur le fonctionnement sexuel. On l’oublie souvent, mais le premier organe sexuel c’est le cerveau. Si ce dernier est préoccupé, réquisitionné pour gérer de l’anxiété, cela peut créer des interférences avec les différentes étapes de la réponse sexuelle, dont le désir, l’excitation et l’orgasme. Conséquemment, on retrouve fréquemment les enjeux suivants : 

Désir fluctuant ou absent

Ressentir du stress ou de l’anxiété peut inhiber le désir sexuel ou le rendre plus fuyant. Les pannes ou fluctuations de désir sont d’ailleurs le motif de consultation numéro un en clinique. Se sentir inquiet ou inquiète, avoir la tête remplie de pensées alarmistes (« je n’y arriverai jamais », « tout va mal ») peut contribuer à une certaine rigidité émotionnelle. Cela peut rendre la personne moins réceptive à ses propres désirs. 

+++ Trucs :

La sexualité peut constituer un moyen de se détendre, de relaxer. Ce qui ne veut pas dire de se forcer, loin de là! Mais la vie sexuelle, ça se passe aussi avec soi-même. La masturbation peut être une façon de prendre un temps pour soi, de se recentrer sur son ressenti physique et explorer son corps. Tout comme on le ferait avec une bonne séance de yoga, par exemple. 

Difficultés érectiles 

Il y a encore des croyances tenaces sur le fait que l’érection du pénis devrait pouvoir être sur demande ou presque. Tout d’abord, cette affirmation est infondée. De plus, il ne faut pas sous-estimer les effets néfastes qu’une anxiété accrue chez quelqu’un ayant un pénis peut entraîner sur sa capacité à obtenir ou à maintenir une érection. Cela peut aussi amener des éjaculations précoces. En effet, lorsque le pénis est en érection, gorgé de sang, le fait de ressentir du stress et de l’anxiété peut amener le corps à être plus en tension. Qui dit tension, dit augmentation du flux sanguin vers le pénis et, tadam! Une éjaculation rapide. 

+++ Trucs :

On peut faire des exercices de respiration abdominale pour se détendre. Ou, encore, de la méditation de pleine conscience, par exemple. Il existe même des formations de self-help (auto-assistance) sur la masturbation. On y apprend certaines techniques, certains touchers qui peuvent aider à mieux contrôler le point de non-retour et à mieux écouter son corps. On peut également décentrer la pénétration de la sexualité. Cela permet à la personne qui a un pénis de moins ressentir le stress que la relation sexuelle repose sur ses seules épaules. 

Douleurs à la pénétration 

On l’a vu plus tôt, ce sont majoritairement les femmes qui sont les plus touchées par l’anxiété. Ce sont également celles-ci qui ressentent le plus de douleurs à la pénétration et des difficultés à atteindre l’orgasme par ce moyen. L’anxiété peut entraîner une tension accrue et une crispation, ce qui peut inconsciemment amener à maintenir la zone abdominale et pelvienne, y compris le périnée. Cela peut amener un périnée ou plancher pelvien hypertonique, par exemple. Cela va contribuer aux douleurs ressenties lors de la pénétration, car les muscles sont très tendus et ne vont pas se reposer. 

+++ Trucs :

Il est fortement recommandé d’aller effectuer une évaluation en physiothérapie périnéale. La ou le spécialiste pourra vérifier ce qui se passe et suggérer des exercices à faire pour relâcher cette partie du corps. On peut aussi pratiquer la méditation, des exercices de respiration et de relaxation pour ramener du calme dans sa tête et son corps. Les exercices de Kegel ne seront pas recommandés, car ils travaillent la tonicité du plancher pelvien et c’est plutôt son relâchement qui est souhaité. 

Difficultés à atteindre l’orgasme 

Sans surprise, il peut être plus complexe de réussir à atteindre cette intense zone de plaisir, car l’orgasme est un véritable lâcher prise. Peut-être même le plus ultime. Et l’anxiété est probablement tout l’inverse ! Avoir la tête pleine à craquer de questionnements, de doutes et de craintes ne met pas en place le terrain le plus fertile pour se laisser aller et profiter du moment présent. 

+++ Trucs :

Si la personne arrivait à avoir des orgasmes avant et que ceux-ci semblent inhibés par l’anxiété, on pourra lui proposer d’explorer ce qui se passe dans sa tête et son corps quand elle a des relations sexuelles. Arrive-t-elle à sentir une certaine montée du plaisir ou pas vraiment ? On va tenter de déterminer le moment d’apparition, soit des pensées anxieuses, soit des symptômes de l’anxiété (ex. : cœur qui débat, respiration écourtée) pour comprendre ce qui active le tout (ex. : jugement sur son propre corps qui s’active ? état d’anxiété général ? etc.). On pourra aussi encourager la personne à prendre conscience des éléments d’anxiété, mais à essayer de rester dans le moment présent et revenir aux sensations de plaisir, par exemple. 

SE (RE)TROUVER, SE DONNER DU TEMPS ET DE L’ESPACE 

La capacité à communiquer efficacement est essentielle pour aborder librement les problèmes d’anxiété avec votre conjoint, conjointe, ou partenaires. Mieux vaut discuter des difficultés rencontrées plutôt que de garder cela pour soi, ce qui risque d’ailleurs d’augmenter l’anxiété et, en plus, la culpabilité. C’est aussi d’accepter de communiquer avec soi-même et de se dire : ok, là ça va moins bien, accepte que c’est le cas et que t’as peut-être besoin de temps, d’espace et de compréhension pour réduire le stress et l’anxiété. 

Il est important de se souvenir que beaucoup de personnes souffrent d’anxiété, que c’est éprouvant et exigeant, et que vous n’êtes certainement pas seul à la ressentir. De plus, il n’y a rien d’anormal à ajuster sa sexualité et ses besoins en conséquence. On a le droit de se sortir des injonctions à performer, surtout lorsqu’il s’agit d’intimité et, particulièrement, de votre santé mentale. Offrons-nous de la douceur et de la bienveillance, on en a plus que besoin. 

À NE PAS OUBLIER : les personnes qui souffrent d’anxiété peuvent se tourner vers des médicaments, comme des antidépresseurs. Ceux-ci peuvent avoir un impact sur la libido. 

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