origine baiser

Quelle est l’origine du baiser?

La semaine dernière, plusieurs grands médias ont annoncé la création d’un « VR kissing device ». L’objet en question, créé par des scientifiques de la Carnegie Mellon Univertisy, est un dispositif haptique (qui convoque le toucher) permettant de stimuler la bouche, les lèvres et la langue.

Ce qui est amusant, c’est que l’équipe de recherche ne le présente pas du tout comme un engin pour embrasser. Les exemples de stimulations démontrées sont plutôt de cet ordre : boire de l’eau, se brosser les dents, fumer une cigarette. En fait, ce sont les médias qui ont lancé l’idée via des titres attirants comme Scientists Invent Weird Device To Simulate Kissing in VR ou Meta Makeout: Metaverse Kissing Now Possible With Tech That ‘sends Sensations To Mouth, Lips And Tongue’. Comme quoi, la symbolique du baiser est ultra puissante et inspirante. Et ceci me mène à la question de notre auditeurice.

J’aimerais connaître l’origine du baiser et si c’était utilisé comme une démonstration d’affection ou pour une autre raison. Dans le fond, pourquoi des gens ont cru bon de coller leurs lèvres ensemble pour la première fois?

Écouter la chronique.

Le premier baiser

Vous vous dites que la France détient la clé des origines du baiser, parce que vous avez immédiatement pensé à l’expression « french kiss »? Vous êtes malheureusement dans l’erreur. Il faut plutôt se tourner vers l’Inde et revenir environ 3500 ans en arrière pour trouver les premières traces de cette pratique. Selon l’anthropologue Vaughn Bryant, enseignant à la Texas A&M University, on aurait retracé des textes védiques qui font état de personnes se touchant avec les lèvres dès 1500 avant J-C.

Quant à Sheril Kirshenbaum, autrice du livre The Science of Kissing : What Our Lips Are Telling Us (Grand Central Publishing, 2011), elle ajoute, à propos de ces textes, qu’ils font également référence aux mots « sentir », « odeur » et, même, « lécher ». D’après elle, ce sont différentes façons de parler de baiser ou, du moins, de caresses sur les lèvres. On parle aussi d’ « inhaler l’âme de l’autre ». 

Une variété de baisers

L’anthropologue Bryant explique également qu’il a « des preuves linguistiques » que le mot kiss a des origines indiennes. Selon lui, le Kama sutra est aussi un bon indicateur des origines du baiser, tellement il contient de détails et de techniques à propos de cet art. Et, effectivement, on entre vraiment dans le détail. Sheril Kirshenbaum rapporte dans son livre que le Kama sutra propose quatre méthodes pour embrasser, soit modéré, contracté, pressé et doux. On suggère aussi certains types de baisers pour « embrasser la jeune fille ou la vierge ». Plus de 30 types d’embrassades seraient répertoriés dans cet ouvrage, dont ceux-ci : 

  • nominal : la jeune fille reçoit un baiser de son amant, mais ne fait rien;
  • battement : la jeune fille reçoit un baiser, mais met un peu de côté sa pudeur et répond avec la lèvre inférieure, mais pas la supérieure;
  • toucher : elle touche les lèvres de son amant avec sa langue, ferme les yeux et pose ses mains sur celles de l’autre. 

Entre l’Inde et la Rome antique

D’autres catégories de baiser seront créées par la suite. Dans une discussion sur France Inter dans l’émission Grand bien vous fasse à propos du baiser, le directeur de Philosophie Magazine, Alexandre Lacroix, affirme que l’origine de ce geste – tel qu’on le connaît et le pratiquons actuellement – est romaine. Il explique que les Romains vont le codifier et le décortiquer en trois pratiques :

  1. Le basium : en famille (ex.: une mère à son enfant);
  2. L’osculum : entre personnes d’une même corporation, politique, etc.;
  3. Le suavium : entre amant.e.s. 

Et c’est rien de moins qu’Alexandre Le Grand qui aurait ensuite exporté cette pratique en Europe.

Rouge couleur passion

Pour certain.e.s chercheur.e.s., le baiser remonte directement aux origines de l’homme, soit il y a des millions d’années. Deux théories sont fréquemment mises de l’avant, quant à la raison qui poussent les humain.e.s. à s’embrasser. La première est liée à la couleur de la bouche. 

Dans The Science of Kissing, Sheril Kirshenbaum renchérit en expliquant que la couleur des lèvres pourrait être associée à la recherche de nourriture de nos ancêtres. En effet, certains individus auraient développé des « capacités supérieures à détecter les couleurs rougeâtres, leur donnant l’avantage de localiser les fruits les plus mûrs, ce qui les a aidés à survivre plus longtemps, assez pour transmettre ces gènes détecteurs à leur progéniture » (traduction libre).

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Selon l’autrice, plusieurs psychologues rapportent que le rouge a un pouvoir excitant chez l’humain. Il s’agit de l’une des premières couleurs nommée quand on est enfant. Elle est aussi associée aux parties génitales féminines. Plus ces éléments sont rouges, plus c’est le signe que les femelles sont dans l’œstrus, c’est-à-dire les chaleurs, la période de fécondation. Le rapport avec les lèvres? Je vous en parlais lors d’une chronique sur les seins; l’humain.e s’est développé en position debout et a donc perdu ses repères pour indiquer la disponibilité pour la procréation. Ainsi, les seins se seraient mis à grossir et… les lèvres seraient devenues un nouveau signal de sexualisation. 

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Un baiser nourricier

La seconde hypothèse: ce serait un geste naturel du bébé qui met sa bouche sur le sein nourricier. Selon un article de la BBC, les bébés ont un réflexe inné vers les lèvres. Ils aiment accueillir les sensations qui émergent de ce toucher. De plus, le baiser est associé au lien qui se crée entre l’enfant et la mère lorsqu’elle le nourrit. En effet, aux premiers temps de l’humanité, la maman aurait prémâché la nourriture du bébé pour ensuite lui transférer directement dans la bouche. 

Kirshenbaum indique également que plusieurs références historiques – dont les textes védiques – évoquent aussi le fait de sentir et renifler. Ce qui laisse penser que les premiers baisers étaient peut-être une façon de se reconnaître par l’odeur. Vaughn Bryant, l’anthropologue dont on a parlé plus tôt, a même une théorie plutôt loufoque : le baiser serait peut-être simplement né de deux personnes qui se sentent les joues et ont, par accident, fait atterrir leurs lèvres ensemble. On peut aussi croire que les embrassades étaient faites en se frottant le nez ensemble. 

Des pratiques multiples

Comme on l’a vu plus tôt, le baiser était jadis pratiqué, mais peut-être pas comme on l’entend aujourd’hui. Dans ses recherches, la spécialiste du sujet, Sheril Kirshenbaum, a constaté que les pratiques changent énormément d’un peuple à l’autre. Par exemple, elle a pu voir que, sur les Îles Trobriands en Papouasie Nouvelle-Guinée, la méthode consiste plutôt à mordiller les cils. Elle explique bien, dans ses écrits, que les manières d’embrasser et la définition de ce qu’est un baiser fluctuent selon chaque culture. Ce qui le rend difficile à circonscrire dans le temps et l’espace.

De plus, ce n’est pas toutes les cultures qui pratiquent le baiser, particulièrement dans le sens romantique du terme. En fait, selon une recherche effectuée en 2015, intitulée Is the Romantic–Sexual Kiss a Near Human Universal?, sur 168 cultures humaines étudiées, seulement 46% en font usage. Selon les chercheurs, « l’ethnocentrisme occidental » fait en sorte que ce qu’on juge agréable dans notre société devient un comportement humain universel. Mais, pas nécessairement. Ce qui laisse planer un doute sur le côté inné de cette pratique. 

Un bisou qui perdure

Bref, on comprendra que tout cela demeure des hypothèses et théories et qu’il n’y a pas de réponse précise. L’interprétation va aussi fluctuer selon l’approche qu’on a du baiser. Est-il romantique/sexuel ou non? Quelles sont les pratiques et normes sociales en cours? Quel est le lieu et l’époque étudiée? Dans quel contexte est-il utilisé? Comment les émotions sont-elles interprétées à ce moment? Pratique innée versus acquise? Etc.

Toujours est-il que le baiser est aujourd’hui extrêmement connoté. Mais il demeure, à travers les époques et malgré les fluctuations, les transformations sociales, une pratique importante et marquante, peu importe sa forme. L’avenir nous rapproche peut-être d’une version virtuelle de l’embrassade. Toutefois, le bon vieux bisou – même si plusieurs ont trouvé un point positif à la pandémie en les sauvant de ce type d’échange –  gardera certainement son charme encore longtemps. 

Photo de Loc Dang provenant de Pexels

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